Toi et moi : la paroisse !

La paroisse est une réalité vivante et même bourdonnante quand on considère la somme des générosités qui s’y exprime. Cela devrait être pour nous tous un perpétuel motif d’action de grâce.

A condition que nous rendions grâce pour tout et non seulement pour ce qui nous y convient : la paroisse n’est pas un supermarché ! Il nous est si facile en effet de céder à la tentation de comparer, de jalouser, de dénigrer, de rejeter.

Dans son exhortation sur l’évangélisation, le pape François ne mâche pas ses mots : « Certains cessent de vivre une appartenance cordiale à l’Église, pour nourrir un esprit de controverse. Plutôt que d’appartenir à l’Église entière, avec sa riche variété, ils appartiennent à tel ou tel groupe qui se sent différent ou spécial. » Et il conclut par cette invitation : « Demandons la grâce de nous réjouir des fruits des autres, qui sont ceux de tous. »

Que mettons-nous sous le mot « paroisse » ? Une communauté ? Certainement. Mais alors qui donc en fait partie, au juste ? Une jeune maman m’avait interpelé vivement, il y a quelques années, à l’issue d’une messe où l’invitation à partager la galette des Rois avait été lancé aux « bénévoles de la paroisse ». Elle s’était douloureusement sentie exclue : « peut-être pensez-vous que la charge qui est la mienne d’élever dans la foi mes enfants est un service moins important rendu à la communauté paroissiale que le service de vos bénévoles ? »

Comme s’il commentait mon témoignage, le pape François, toujours dans le même document, constate à regrets que, « même si on note une plus grande participation de beaucoup aux ministères laïcs (au côté des prêtres et des diacres), cet engagement se limite bien des fois à des tâches internes à l’Église ». Or, la vie et la mission de l’Eglise débordent largement le cadre de la sacristie ou de la salle paroissiale ! On peut penser ici à bien des groupes, mouvements et communauté. Il faut aussi et peut-être surtout penser à ce qui se joue comme œuvre missionnaire dans les réseaux infiniment complexes de la vie économique, politique, culturelle dans lesquels nous baignons.

Une paroisse, c’est aussi et peut-être d’abord cela. La question de notre formation à l’évangélisation des milieux que nous rejoignons — clercs et laïcs — se pose de plus en plus urgemment. Peut-on vivre indéfiniment comme si une paroisse — notre paroisse — se renouvelait spontanément et sans témoins actifs ?

Cependant, si le trésor précieux que nous avons à partager, bien que de multiples façons, c’est le Christ et son Evangile, il faut reconnaître que ce ne sont pas d’abord des techniques renouvelées qui le favoriseront. Compte avant tout l’absolue conviction du croyant que, aujourd’hui comme hier, le Christ ressuscité est à l’œuvre et nous précède dans nos lieux de vie. C’est bien cette conviction qui nous fait revenir sans cesse à la source de l’eucharistie : « Ceci est mon Corps, Pain offert pour que le monde ait la vie ». Ensemble, d’un cœur simple et généreux, partageons-le !

Rémy CROCHU