Secouer le prunier !

 Je me promenais, il y a quelques jours, au jardin de bons amis. La nuit venait de tomber, après un diner sympathique sur la terrasse. Je passe sous les branches de l’un des arbres du verger. Et, dans ma déambulation au clair de lune, je devine alors, accrochées aux branches basses, de belles prunes dorées. Je cours aussitôt chercher une bâche que je jette sous l’arbre. Je secoue la ramure… Au moins cinquante fruits s’abattent sur mon crâne ! Je grimpe dans les premières branches et recommence : une averse ! Quelques instants plus tard, me voici dans la maison, fier d’une récolte qui ne m’a pas coûté d’efforts et émerveillé devant ma pêche miraculeuse. Il y a de tout : des fruits encore verts, des gâtés, des trop mûrs, des véreux, mais surtout une quantité de beaux fruits à la chair tendre et sucrée.

Et s’il s’agissait d’une parabole sur la vie paroissiale ?

La nuit, c’est notre temps présent où nous avançons tous comme à tâtons, sans la connaissance précise de Dieu et de ce qu’il fait pour nous. L’arbre, c’est l’Eglise. Les fruits, c’est nous. La terre qui les reçoit, c’est le monde dans lequel nous vivons. Le jardinier se promenant dans la nuit, ce sont ceux qui travaillent, dans le Christ, à la récolte et qui doivent parfois « secouer le prunier » avant de faire le tri.

Pas le choix ! Nous devons nous laisser secouer (par les autres et par Dieu) si nous voulons croquer sous la dent de qui veut goûter le fruit de l’Evangile et se nourrir de l’Amour de Dieu. Gare aux mauvais fruits : ceux qui se sont laissés gâter ou manger par les vers (encore qu’après tout, on peut toujours espérer les transformer en confiture ou en compote : c’est le miracle du sacrement de sa miséricorde) ! Mais que dire de ceux qui auront su rester « bons » ! De ceux qui se seront nourris de soleil et de sève en attendant le passage du jardinier.

Comprenons bien : de ceux qui, par l’amour fraternel (l’amour d’un conjoint, d’un enfant, d’un voisin…) et la fidélité à la méditation des Ecritures (à l’église, à la maison, et même en voyage !) et au sacrements, auront laissé leur vie ordinaire s’imprégner peu à peu de vie divine pour être prêts à l’heure imprévue de Dieu, à l’heure imprévue du témoignage et du don généreux de soi. Fasse alors le Seigneur qu’ils ne travaillent ni « pour des prunes », ni pour des enfants « gâtés » ! Bref… On cherche des jardiniers pour « secouer le prunier » !

P. Rémy CROCHU