Sacrements de conversion missionnaire

On voudrait aujourd’hui fortifier le sens du bien commun parce que la mentalité individua­liste fragilise gravement la vie en société. Or la vie paroissiale est un instrument privilégié au service du bien commun, si l’on réfléchit au fait, parfois un peu oublié, que chacun des sacrements est toujours, à la fois, intimement personnel et complétement social. Contem­plons, l’un après l’autre, chacun des sept sacrements.

Le baptême est le sacrement qui fait entrer un individu dans l’Eglise. Mais je voudrais rappeler que le baptême est une grâce autant pour celui qui le reçoit que pour toute l’Eglise. Mieux encore : une grâce pour l’Eglise est aussi un cadeau pour le monde entier puisqu’un nouveau chrétien prend à cœur de se rattacher au Christ vivant qui sauve le monde de ses misères.

Comme on sait, le baptême est complété par le sacrement de la confirmation. Or la confir­ma­tion est par excellence le sacrement du témoignage. C’est à dire aussi bien un sacrement pour moi, que – surtout – pour les autres, pour annoncer à tous la joyeuse nouvelle de l’Evan­gile.

Le dernier sacrement d’initiation est celui de la messe, de l’eucharistie. Avant le concile Vatican II, on désignait la 1° communion en parlant de « communion privée ». Or mettre deux mots aussi contradictoires l’un à côté de l’autre, il fallait quand même le faire : communion – privée ! Pour être juste, on avait à l’époque un sens assez fin de ce que l’on recevait Dieu dans l’hostie, et donc qu’on communiait avec Lui. Mais la conséquence immédiate de la communion avec Dieu, c’est la communion avec les frères humains. S’il fallait donc décerner la palme d’or du plus social des sacrements, ce serait à l’eucharistie qu’il faudrait l’accorder.

Et on peut continuer, avec le sacrement du pardon, par exemple. Avec la « journée du pardon » à Mouzillon, c’est le sens communautaire de ce sacrement que nous mettons en œuvre. Quand on s’est disputé, la difficulté c’est de synchroniser la démarche du pardon. Je veux dire qu’il faut trouver le moment rare où l’un est prêt à demander pardon et où l’autre est prêt à le donner, ce qui n’est pas une mince affaire. Sauf si l’on profite ensemble de la grâce d’une célébration communautaire plutôt que trop individuelle de ce pardon. Le Carême synchronise le temps de la correction fraternelle, du pardon, et de la réconciliation, de chacun personnellement avec tous. Le pardon n’est-il pas le plus social des actes ?

Le sacrement des malades fortifie chaque souffrant dans l’épreuve spirituelle du mal physique. Mais l’intérêt d’une célébration communautaire n’échappe à personne puisqu’il s’agit aussi de sortir le malade de sa solitude. Dans la célébration communautaire, l’entourage proche au moins, sinon la communauté entière, prend dans sa prière et dans son service de visiter le frère malade.

Le diaconat, sacrement du Christ serviteur, et le sacerdoce, sont éminemment des sacre­ments sociaux. On n’imagine pas qu’on demande à être ordonné diacre ou prêtre pour soi-même, pour sa propre sanctification, mais évidemment pour édifier le Corps entier de l’Eglise.

Et je termine par le mariage. On ne se marie pas tout seul, sauf si un prochain gouver­ne­ment décidait d’apporter ce nouveau produit au catalogue ? Le mariage fonde la cellule de base de la société, qui est la famille, par laquelle la société se renouvelle. Un synode est en train de se pencher sur cette évidence oubliée. Prions à cette intention prioritaire que le pape François a voulu inscrire dans ses convictions que l’Eglise a besoin d’un profond renouveau, par la conversion missionnaire de tous.

  1. Dominique