Prendre le temps…

Je prends le temps de vous écrire ! Merci de prendre le temps de me lire !

« Vous vous avez la montre, nous, nous avons le temps ! » Nos frères d’Afrique savent nous dire et nous montrer que leur rapport au temps est tout à fait différent du nôtre. De notre côté, nous nous sommes construits inconsciemment sur des formules comme : « le temps, c’est de l’argent », « perdre son temps », « tuer le temps ». Quand je regarde « l’emploi du temps » d’un enfant (l’expression suffit à elle seule pour prouver combien notre rapport au temps ne laisse pas de place au gratuit), et quand je vois combien leurs parents se préoccupent savamment à le remplir, j’ai parfois le vertige… Quand je vois des pères multiplier les engagements extérieurs au prétexte de « servir » et de « s’engager » et ainsi déserter leur fonction auprès de leurs enfants qui grandiront sans savoir ce que c’est que l’affection, la joie, la tendresse d’un papa, j’ai le vertige… Quand je vois des gens remplir leurs conversations de ragots ou de « moi je sais », leur mains d’objets de consommation, leur mémoire d’images sales ou violentes, leur cœur de soif de bien-être égoïste, j’ai le vertige ! Après quoi court-on ? Qu’avons nous pris le « temps » de placer dans nos priorités de vie ?

Une jeune femme me partageait ces jours derniers son paradoxe un cancer pour découvrir ce qui compte vraiment pour elle : ses enfants, l’invisible, l’émerveillement, la conscience du poids de son existence dans le cœur de Dieu… et la valeur du temps présent !

Le Christ nous montre à longueur d’Evangile qu’il y a une différence abyssale entre une vie occupée et une vie remplie. Jésus a divinement conjugué le temps et l’espace : il est toujours là au moment opportun. Jamais avant, jamais après, jamais ailleurs. Présent dans l’instant.

Dans sa sagesse multiséculaire, l’Eglise nous offre chaque année un temps pour « prendre le temps » : le Carême. Qu’on me permette de rêver, pour vous et pour moi-même.

Ce Carême sera-t-il l’occasion d’un véritable « temps d’arrêt » pour regarder, personnellement et avec d’autres, ce que nous faisons de notre temps, sans se contenter de le subir ?

Ceux qui pensent qu’il faudrait faire plus — « travailler plus », « gagner plus », « prier plus » — n’ont rien compris. Ceux qui pensent le contraire non plus, du reste ! « L’import-temps », c’est d’être là où le Seigneur « t’a-temps » et de le remplir de « temps-dresse » ! Le reste n’est que du vent !

P. Rémy