« Porte-toi bien ! »

Ainsi exprimons-nous notre affection à l’égard d’une personne que nous quittons dans l’espoir de le retrouver un peu plus tard. La formule exprime un souhait de santé à l’image des vœux que nous nous adressons au début de chaque année : « Et surtout, une bonne santé ! »

Mais de quoi parle-t-on, au juste ? Un frère prêtre avait un jour lancé cette boutade à mon propos, après m’avoir eu comme vicaire durant quelques mois et me connaissant mieux : « On le croyait saint… Il n’était qu’en bonne santé ! »

Jésus, il est vrai n’a pas ménagé son temps et son énergie pour remettre debout un bon nombre de ses contemporains. Et tenter faire l’impasse sur les guérisons que nous rapportent les quatre Evangiles reviendrait à déchirer un grand nombre de leurs pages. La Santé est donc une préoccupation première de Jésus.

Cependant, on ne l’entend jamais conclure, en quittant ses rencontres fortuites, par un « et surtout, portes-toi bien ! » C’est que la santé n’est pas pour lui le seul fait — même peut être le fait lui-même — de se bien porter, le bien-être dans son corps ou son psychisme. Il n’a pas eu comme visée première que nous soyons « un esprit sain dans un corps sain ». Du reste, il a dû lui-même consentir à l’épreuve des blessures, de l’abandon, et même de l’agonie (je dis « consentir » et non pas la désirer pour elle-même).

Moi, qui dois passer actuellement par une certaine expérience de la maladie et de la souffrance, je vois bien que son projet est, pour moi comme pour tous, d’une toute autre envergure que de nous faire recouvrer la santé. Le but de sa « thérapie » ? Unir pour toujours notre vie à la sienne : immortelle ! Ses diplômes ? La Croix. Son ordonnance ? L’Evangile. Son cabinet médical ? L’Eglise. Ses médicaments ? Sa Parole et ses Sacrements. Son personnel soignant ? Tous ceux qui se sont spécialement formés à son école de la compassion et de la miséricorde !

Je me réjouis de tout ce qui se vit à cet égard dans notre paroisse comme gestes individuels et collectifs de sollicitude fraternelle à l’égard des souffrants, sous une forme ou une autre. Il est certain que nous pouvons toujours faire davantage et faire mieux. Réjouissons-nous déjà de ce qui est et de ce que le Seigneur fait à travers les pauvres serviteurs que nous sommes !

Père Rémy Crochu
23 janvier 2014