Œufs de Pâques

Le temps pascal dans lequel nous entrons est pour chacun de nous l’occasion de regarder notre vie et celle de ceux qui nous entourent dans la perspective promise d’une Vie qui n’aura pas de fin. Les baptisés de Pâques l’illustrent de belle manière. Cependant, il faut bien reconnaître que les signes de cette Vie promise sont ténus. Beaucoup de nos contemporains vivent dans le vertige angoissant du vide après la mort. Ils « tuent le temps » avant que le temps les tue. Ils vivent en sursis ; ils survivent.

J’ai observé récemment l’incubation et l’éclosion d’un œuf. Quel miracle à l’intérieur de la fragile coquille ! Le germe minuscule se développe en embryon qui finit par remplir la coquille. A terme, l’oisillon, après avoir respiré l’air contenu depuis le départ dans une petite poche, parvient à briser la paroi de son bec fragile et à s’extraire. Pour celui qui y regarde vite, tout semble s’être déroulé de façon totalement autonome à l’intérieur de cet espace clos. En réalité, la paroi de l’œuf n’est pas étanche : des échanges gazeux s’opèrent, de la vapeur d’eau s’échappe invisiblement. Mieux ! L’œuf perd du poids !

Observons bien notre propre vie, ici-bas. Tout semble prouver que nous vivons nous aussi sans avoir besoin d’une « intervention extérieure » : un petit d’homme naît et se développe en trouvant dans l’univers qui est le sien tout ce dont il a besoin pour vivre. Quel besoin de Dieu, de la prière, des sacrements, d’une quelconque « aide » ou « secours » extérieurs ?

Le disciple du Christ voit au-delà des apparences. Il sait que, réchauffé au Soleil de Dieu, le germe initial de vie divine grandit en lui. Les échanges spirituels de la prière le nourrissent et, jour après jour, il se laisse transformer pour devenir, au terme, après avoir respiré le Souffle de l’Esprit et vaincu la fragile coquille de la mort, un bel oiseau capable de voler dans les grands espaces célestes (Cf. 1 Jn 3,2) !

Le Ressuscité de Pâques, se montrant à ses amis, nous a laissé entrevoir « l’au-delà », et cette vision nourrit notre espérance. Cette vision nous fait regarder la vie présente d’une manière radicalement différente de celui qui la traverse sans but, avec « un air de Carême sans Pâques » (Pape François, la joie de l’Evangile, n°6). L’allégorie de l’œuf est un appel à tous : « sors de ta coquille » ! Ne te replie pas sur toi-même, mais ouvre-toi à Dieu et aux autres. Le poussin du corbeau résumerait les choses ainsi : « Croîs ! Crois ! »…

P Rémy CROCHU