Mode d’emploi du pape

Avez-vous lu l’exhortation « Joie de l’Evangile » du pape actuel, sur l’annonce de l’Evan­gile ? Permettez-moi un aveu : j’en ai recommencé plusieurs fois la lecture, sans arriver jusqu’au bout. Elle compte 288 paragraphes. Une bonne matinée tranquille n’y suffit pas. En fait, il me semble que notre pape ne nous propose pas ici, comme son prédécesseur par exemple, un magnifique monument tout construit, mais qu’il nous met à disposition les matériaux nécessaires pour bâtir la cathédrale de l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui. Ce n’est pas un traité sur l’évangélisation, mais le moyen d’une retraite spirituelle qui transforme, une révision de vie communautaire qui conduit à une conversion pastorale. On peut tout simplement approcher ce texte comme on va se procurer les maté­riaux au maga­sin de bricolage. On visite cette exhortation comme une carrière généreuse où l’on emporte au passage ce dont on a besoin. Dans cet esprit, voici un itinéraire d’in­ten­tions de prière, puisé dans la section « Tentations des agents pastoraux » :

Ne nous laissons pas voler l’enthousiasme missionnaire !

Que nous soyons chrétiens sans complexe d’infériorité, fiers de nos convictions, donnant notre temps à Dieu, pour ceux qui ne le connaissent pas, avec les pauvres et les malades.

Que l’Evangile oriente nos choix, individuels et sociaux, vers le vrai, le bien et le beau.

Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation !

Que le Seigneur nous montre ce qui est réalisable, sans attendre que tout tombe du ciel, au contact des gens plus que dans l’organisation, sans impatience dans la contra­diction, l’échec apparent, ou la critique.

Que nous donnions une réponse joyeuse à l’amour de Dieu et fêtions chaque pas en avant dans la mission.

Ne nous laissons pas voler l’espérance !

Dans le désert d’une société vide de Dieu, que la grâce nous suffise pour redécouvrir la valeur de ce qui est essentiel.

Que notre regard de foi soit capable de reconnaître la lumière que l’Esprit Saint répand toujours dans l’obscurité.

Ne nous laissons pas voler la communauté !

Que le Seigneur vienne nous rencontrer, parce que sortir de soi-même pour s’unir aux au­tres fait du bien, à l’encontre du confort immédiat, de la peur, ou de la méfiance.

Que nous devenions une Eglise « en sortie », pour redécouvrir ensemble Jésus dans le visage, les attentes et la tendresse des autres.

Ne nous laissons pas voler l’Évangile !

Que le Seigneur nous sauve de la superficialité religieuse qui ne vise pas à insérer son Evan­gile dans les besoins de notre époque.

Que nous soyions fidèles à l’Eglise, qui est glorieuse tant que son histoire est faite de sacri­fice, d’espérance, de vie dépensée dans le service, de constance dans le travail.

Ne nous laissons pas voler l’idéal de l’amour fraternel !

Que la communion prévale sur les guerres jusqu’à l’intérieur du Peuple de Dieu.

Que nous vivions, embarqués ensemble dans l’Eglise, sans esprit de controverse partisane, à l’écoute de l’Esprit qui parle au cœur.

Ne nous laissons pas voler la force missionnaire !

Que, selon sa vocation de baptisé-confirmé, de consacré ou aussi ordonné, que les femmes, que les jeu­nes, que chacun découvre dans le Christ sa mission et sa pleine personnalité.

Que les familles, et tous les groupes chrétiens, apportent librement au monde les réponses à ses inquiétudes, ses besoins, et ses blessures.

 

Bonne rentrée intérieure… et missionnaire « en sortie » !

Dominique REDOULEZ