L’ivraie et le bon grain

« Explique-nous clairement la parabole de l’Ivraie dans le champ », demandent un jour les apôtres à Jésus, au retour d’une de ses prédications (Mt 13,24), au cour de laquelle il avait raconté ceci : un semeur a semé du bon grain dans son champ. Mais, dans la nuit, l’ennemi passe et y jette secrètement de l’ivraie. Faut-il essayer de l’arracher ? Le maître du domaine ordonne qu’on attende l’heure de la moisson, de peur « d’arracher le blé en même temps » que l’ivraie.

L’ivraie… Pour les contemporains de Jésus, pour ses apôtres, ce mot semble évident ; mais —les éleveurs de lapins mis à part ! —, il l’est beaucoup moins pour nous. Le mot mais pas ce qu’il désigne puisqu’il s’agit ni plus ni moins du gazon de nos jardins !
L’ivraie est une graminée. Elle a tout du blé : une tige, un épis… Mais ce n’est pas du blé ! Elle est sorte de copie de l’original. Mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est une supercherie et on n’en fera
jamais de la farine et du pain !

Vous remarquez comme moi l’invasion des de nouveaux systèmes électroniques dont le nom commence par « i » : les iPhones, les i-Books, les emails (on prononce « i » !). On nous fait croire qu’on a
dans sa poche un bon vieux téléphone, toute une bibliothèque, une pile de courriers, alors qu’ils sont « quelque-part » dans un « nuage », un « i-Cloud » : totalement virtuels ! Et bien souvent, c’est quand on voudrait mettre la main dessus que ça tombe en panne ! La réalité ? Ce ne sont que des contrefaçons !
C’est la même chose pour « l’i-vraie », par rapport au bon grain ! L’ivraie est une contrefaçon du blé. « L’i-vrai » c’est celui (ou celle) qui paraît vrai et sincère mais sans l’être vraiment : à défaut d’avoir le courage d’être vrai, il n’est que « sincère ». Ainsi, il y a des i-vrais, des i-gentils, des i-courageux, des i-généreux, des i-humbles (vous savez : cette humilité contrefaite qu’on
appelle aussi la « fausse humilité »). De même, il y a des i-amis, des i-frères, des i-catho… Des contrefaçons !

N’allons pas chercher trop loin des illustrations de ce que je vous dis-là. Entendons pour nous mêmes cet appel de Jésus à chercher à faire le moins possible dans la contrefaçon de « l’i-vrai »
pour nous aimer toujours plus en vérité. Au ciel, il n’y aura pas d’i-saints !

Père Rémy Crochu