L’essence-ciel

Comme beaucoup d’autres, j’ai été affecté par l’annonce de l’incendie de la basilique Saint Donatien et Saint Rogatien de Nantes. Pour des raisons très personnelles : j’ai vécu mes 24 premières années à l’ombre de son clocher et tous les événements familiaux y sont attachés : baptêmes, mariages et funérailles, notamment celles de mes parents. L’événement marque plus largement tout un diocèse si l’on considère que cet incendie touche à la symbolique de ses saints fondateurs, les deux « martyrs nantais » dont le sacrifice est situé à deux pas de là et les restes reposent dans la crypte.
J’étais enfant quand j’ai vécu « en direct » l’embrasement de la cathédrale. Les similitudes sont troublantes. On s’attache forcément à un lieu. On lui associe des souvenirs, des odeurs et des sons, des joies et des peines. Ca nous marque et s’imprime en nous. C’est ce qu’on appelle la « valeur affective », autant vive parfois que la « valeur spirituelle ».

Notre évêque, célébrant la messe aux paroissiens brutalement « délogés », leur a commenté l’évangile de la tempête sur le lac comme étant une illustration de ce qu’ils vivaient. Et il les a assurés lors de la présence de Jésus dans la barque, même s’il avait paru « endormi sur le coussin ». L’une des paroissiennes m’a partagé son expérience : « nous devons apprendre dans la douleur que la paroisse n’est pas un bâtiment (si beau soit-il) mais bien une communauté de croyants. »

Une religieuse, il y a quelques années, a vu son monastère détruit par un tremblement de terre. Elle me partageait dans les larmes sa propre expérience. « Je suis acculée à répondre à cette  question, me disait-elle : suis-je entrée au monastère par amour du lieu ou bien par amour du Christ ? ».

Nous savons combien nous pouvons nous attacher aux pierres ou à ce qu’elles représentent. Ceux qui ont vécu des déménagements, des changements de ville ou même de pays savent cela.
L’Evangile ne nous a pas facilité la tâche, nous invitant à suivre l’exemple du Christ qui « n’avait pas même une pierre où reposer la tête » (Cf. Mt 8, 20). Et Saint Paul, pèlerin infatigable s’il en est,
nous a rappelé que « notre cité se trouve dans les cieux » (Ph 3, 20).

La période estivale, souvent marquée par des voyages et parfois même par des pèlerinages, peut nous rappeler que, si nous avons des attaches icibas, nous devons cultiver tout ce qui nous « détache de la terre » pour choisir ce qui nous « attache au ciel » ! Rien de morbide, là-dedans ; juste l’invitation à mettre de l’ordre entre l’important et l’essentiel : « l’essence-ciel » !