Le temps des vendanges

Le temps des vendanges qui s’ouvre est une source inépuisable d’inspiration. Déjà, l’Ancien Testament reprend de multiples fois ce thème en comparant le Peuple de Dieu à une vigne dont le divin Vigneron serait tombé amoureux. Il célèbre sa vigne et la chante, prend soin d’elle et « l’arrose en temps voulu » ; il « la garde » des intempéries et des maladies (Is 27, 2-3). On pourrait se demander pourquoi il prend un si grand soin de sa vigne. C’est qu’il espère en elle, envers et contre tout ! Il en attend de beaux fruits, de bons raisins. « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit », dit Jésus dans son discours d’adieu aux apôtres (Jean 15, 8).

Mais cette vigne, malgré les soins du vigneron, n’a pas toujours apporté à son propriétaire les fruits qu’il attendait. Parfois, il s’est mis en colère contre elle : « Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée » (Isaïe 5, 4-5). Ce qui inspira le chant du Vendredi Saint : « Moi, je t’ai planté, ma plus belle vigne, et tu n’as eu pour moi que ton amertume et du vinaigre pour ma soif ! »

Si la vigne a pu être un modèle privilégié par Dieu pour parler de son Eglise, c’est sans doute parce qu’elle nous enseigne depuis toujours que, si elle existe, ce n’est pas pour elle-même mais bien pour porter son fruit, produire le vin qui « réjouit le cœur de l’homme » (Psaume 104, 15).

Je songe ici à la paroisse. La tentation est toujours de nos replier derrière nos sacristies, nos presbytères, nos établissements, nos petites associations. Or, la mission de l’Eglise ne l’installe pas confortablement, elle la bouscule. Le grand Théologien Urs von Balthasar, bien avant le pape François, disait déjà avec humour que « le centre de l’Eglise, c’est sa Périphérie ». L’Eglise n’est pas faite pour elle-même. Elle n’est pas faite pour gérer les besoins spirituels de ses membres mais destinée avant tout à ceux qui ne font pas encore partie du troupeau et qui meurent de faim et de soif faute de connaître le Christ. En d’autres termes, l’Eglise est faite pour être vendangée. Nous qui sommes les sarments de cette vigne, quels fruits présentons-nous à la main des vendangeurs ? Qu’avonsnous de beau, de bon, à offrir à ceux qui ont soif ?

P. Rémy