Laïc, Laïque

Laïcs en Eglise, Etat laïc : le sens des mots ?

Une sépulture, dans une paroisse voisine. La personne de la paroisse qui reçoit l’appel de la famille précise : « c’est un laïc qui présidera la célébration. » La famille répond : « Parfait ! C’est justement ça que nous voulions : une sépulture laïque » ! Cette petite histoire montre bien, il me semble, l’ambiguïté de notre vocabulaire dans un monde sécularisé, s’éloignant de plus en plus de ses racines chrétiennes.

Le mot « laïc » signifie en grec « (qui vient) du peuple ». Pendant des siècles, le mot est employé pour distinguer le peuple chrétien (les laïcs) des ministres ordonnés (les clercs). Ce n’est qu’à l’époque moderne qu’on l’emploie pour désigner ceux qui veulent s’affranchir de la domination d’une religion. On parle ainsi d’un « état laïque », de « l’école laïque » (remarquez qu’on écrit ici « laïque », au masculin comme au féminin). Voltaire écrira dans ce sens : « Nous sommes des missionnaires laïques ».

Pour nous chrétiens, les « laïcs » (remarquez l’écriture spécifique, au masculin), et spécialement depuis le concile Vatican II qui en a réaffirmé le sens et l’importance, se distinguent des clercs — souvent confondus à tort avec les « religieux ». Si ces derniers (les clercs) sont chargés de (ordonnés à) la prédication de la Parole, l’administration des Sacrements et la conduite du Peuple de Dieu, la vocation des laïcs — c’est à dire la large majorité des Chrétiens — est l’évangélisation du monde contemporain. Le Pape François ne cesse d’inviter à « sortir » : la paroisse est « l’Eglise qui vit au milieu des maisons de ses fils et de ses filles ». En ce sens, je préfère de loin au mot « laïc » celui de « disciple missionnaire » (pape François).

Se trompent ceux qui s’imaginent remplir leur devoir en assurant un service « pour la paroisse » et non d’abord « pour l’évangélisation ». Si la paroisse à besoin de serviteurs, il ne s’agit pas de « remplacer le prêtre ». Il s’agit d’être de vrais « laïcs » dont le souci absolu est que le Christ soit mieux connu, mieux aimé et mieux servi.

Un permanent, un catéchiste, un responsable de la préparation au mariage, un officiant des funérailles, une « Laïque en Mission Ecclésiale (une LEME) » ne remplaceront jamais le prêtre (le diacre). Non que l’un fasse « mieux » que l’autre : par vocation, ils sont différents ! L’affaiblissement de nos paroisses dans leur vocation missionnaire vient généralement du fait que les uns se prennent pour les autres : le prêtre (ou le diacre) pour le laïc et le laïc pour le prêtre. Amis, aidons-nous à devenir et rester ce que nous sommes !

Rémy Crochu, janvier 2017.