La radicalité de l’Evangile

Il n’a échappé à personne que le pape François — dont on vient de fêter les 100 jours à la tête de l’Eglise — a apporté à l’Eglise un visage inattendu à ce niveau. Les faits et gestes, les paroles aussi, se multiplient qui nous montrent un personnage libre, franc, incisif. Un homme qui sait rester personnellement dans une simplicité qui sent bon l’Evangile.

Ainsi, le voit-on faire le choix de ne pas résider dans les appartements pontificaux, de renoncer à certaines pompes et à certains protocoles historiquement attachés à la fonction. Il ne se « prend pas la tête » (comme le diraient les jeunes). Il a de l’humour. Exemple ! A propos de son élection improbable : « Je n’avais aucune chance d’être élu. Dans les paris de Londres, j’étais 44ème, imaginez-vous ! Celui qui a parié sur moi a gagné beaucoup d’argent ! »

Plus radicalement encore peut-être, le nouveau pape invite à « renverser » l’échèle des valeurs du monde : « Les ordinateurs ne sont pas faits à l’image et à la ressemblance de Dieu ! Ce sont des instruments, mais rien de plus. L’argent n’est pas image et ressemblance de Dieu. Il faut prendre un tournant. Voilà l’Evangile ». Tel un refrain, il dit ailleurs : « Regardez les banlieues, les indigents, les drogués, la traite des personnes… Là est l’Evangile. Les pauvres sont l’Evangile ». Et, en des termes semblables : « la vraie révolution, c’est l’Evangile ». Ou encore : « Souvent, l’homme n’accueille pas l’Evangile de la vie ».

Ca manque de vie ? Recevant une délégation de parlementaires français, le 15 juin dernier, il leur disait : « Il vous est aussi nécessaire d’insuffler (aux lois) un supplément, un esprit — une « âme », dirais-je — qui ne reflète pas uniquement les modes et les idées du moment, mais qui leur apporte l’indispensable qualité qui élève et anoblit la personne humaine ». Chacun pourra lire entre les lignes le sens « français » de ce propos du bien nommé « François »… que je rapproche d’une autre parole du pape : « Souvent, l’homme n’accueille pas l’ »Évangile de la Vie », mais se laisse guider par des idéologies et des logiques qui mettent des obstacles à la vie, qui ne la respectent pas, parce qu’elles sont dictées par l’égoïsme, par l’intérêt, par le profit, par le pouvoir, par le plaisir et non par l’amour, par la recherche du bien de l’autre » (16 juin).

Je remercie le Saint Père de nous rappeler sans cesse à la radicalité d’une conversion évangélique jamais acquise.

Père Rémy Crochu
25 juin 2013