La juste mesure

Voilà que les rythmes serrés, les impératifs, les contraintes, et les exigences de la vie familiale, scolaire, professionnelle, communautaire, reprennent. Et nous risquons de remettre le nez dans le guidon. Comme vous-mêmes, je l’espère, émergeant tout juste des congés, j’aimerais savoir s’il vous reste cependant une place, au milieu de tout cet affairement, pour une question.

Son contexte, c’est le presbytère de montagne où je passe mes vacances, situé à côté du cimetière. En effet – permettez-moi cette confidence – il m’arrive, au beau milieu de la nuit, lorsqu’elle est belle, dans le silence complet de la montagne, de sortir jusqu’au bout du cimetière pour y regarder les étoiles. Sur mon téléphone, j’ai installé une super appli qui, quand on les vise, donne un nom aux corps célestes, aux constellations, en réalité augmentée, ce qui est tout de même plus enrichissant que le délire estival autour du jeu des Pokémons ! Pourquoi au fond du cimetière ? Parce que c’est l’endroit le plus dégagé et le moins touché par ce qui subsiste de lumière artificielle. Bien sûr, je reste discret, car si quelqu’un m’y découvrait là à pareille heure, cela lui poserait quelques questions… Et je regarde, de là, quelques-unes des 100 000 000 000 étoiles comme autant de soleils dans notre galaxie, me disant qu’il existe, à côté d’elle, plus de 100 000 000 000 autres galaxies, et je récite quelques « Je vous salue Marie » pour les défunts enterrés autour de moi. C’est ainsi que surgit LA question, parce que sont rendues leurs justes proportions aux réalités. D’abord à ce sentiment de n’être presque rien, mortel comme tous ceux qui m’entourent, perdu au milieu de telles immensités silencieuses. Et ensuite à ce fier sentiment de pouvoir m’interroger sur le sens de la vie et de tout cet univers, au cœur de cet espace où nous sommes probablement les seuls à nous questionner ainsi, si toutefois cela vous arrive aussi.

Au seuil de la rentrée, je n’évoque pas ces souvenirs d’été pour dévaloriser nos petites agitations sur la croûte terrestre, bien au contraire. Car si tout cela a été créé par Dieu pour notre étonnement et notre émerveillement, c’est donc son amour qui donne la juste proportion à toute chose. A nos travaux et à nos épreuves, à nos inquiétudes et à nos joies. Tout affairement de rentrée, même le plus humble ou le plus secret, s’il est inspiré par une vraie charité, prend donc une importance cosmique et éternelle. Que le Seigneur reste donc la mesure de toutes nos réflexions et de toutes nos activités en cette nouvelle année scolaire.

Dominique R.