La joie de l’amour

La lettre du pape François sortie il y a deux mois ne fait pas exception dans son œuvre littéraire. Sa façon de parler de la famille et de « la joie de l’amour » (« Amoris Laetitia »), tout en s’inspirant de diverses sources et particulièrement des fruits des deux grands synodes précédents sur le sujet, reste originale par son style imagé sans être abstrait, par sa parole stimulante et parfois déconcertante. Un vrai parfum d’Evangile.

S’appuyant fortement — il va sans dire — sur les Ecritures  et sur le Magistère, spécialement les textes de ses prédécesseurs immédiats, il aborde la question de la famille dans un contexte qui a changé, affirmant qu’il faut « prêter attention à la réalité concrète » à travers laquelle seulement « l’Église peut être amenée à une compréhension plus profonde de l’inépuisable mystère du mariage et de la famille ». On est donc loin d’une méditation autour d’une famille idéalisée, aseptisée, caricaturée. Et il montre comment Jésus lui-même pouvait proposer un idéal exigeant de l’amour humain mais « ne renonçait jamais à une proximité compatissante avec les personnes fragiles comme la samaritaine ou la femme adultère ». Et, commentant longuement le fameux hymne à l’amour de Saint Paul (« s’il me manque l’amour… »), il « désidéalise » l’amour conjugal, expliquant que, dans l’histoire d’un couple, « Nous ne pouvons pas nous promettre d’avoir les mêmes sentiments durant toute la vie. En revanche, oui, nous pouvons avoir un projet commun stable, nous engager à nous aimer et à vivre unis jusqu’à ce que la mort nous sépare, et à vivre toujours une riche intimité. »

On comprend alors pourquoi le pape insiste sur la qualité d’attention qu’il faut accorder aux fiancés demandant le mariage et aux jeunes foyers, notamment dans la gestion inévitable des crises qui cachent souvent « une bonne nouvelle qu’il faut savoir écouter en affinant l’ouïe du cœur ».

Le texte aborde la délicate question des couples éprouvés et en échec. Sans concessions, ni avec la valeur inaliénable du mariage chrétien : « Le divorce est un mal, et l’augmentation du nombre des divorces est très préoccupante » ; ni avec la réalité : « notre tâche pastorale la plus importante envers les familles est de renforcer l’amour et d’aider à guérir les blessures, en sorte que nous puissions prévenir la progression de ce drame de notre époque ».

Ce ne sont que des « éclats » de cet ouvrage (bien d’autres sujets sont abordés), un ouvrage dont je ne peux que recommander la lecture. Ma confrontation quasi quotidienne avec des familles — notamment celles qui sont chahutées par la vie — me conforte dans la certitude que ce document peut apporter une nourriture consistante à chacun de nous et dans nos divers lieux d’accompagnement

Rémy