« Ils ont pris ma place »

Lors d’une récente rencontre avec notre évêque et d’autres confrères de tout le diocèse, nous avons fait le point sur la pastorale des baptêmes dans nos paroisses. Je me suis émerveillé de constater tout le travail récemment accompli pour faire face à deux défis majeurs :

1) Le nombre de prêtres et de diacres diminue davantage que celui des demandes de baptême, même si ces dernières tendent elles aussi à la baisse. L’âge moyen des prêtres du diocèse tournant autour de 78 ans, on peut comprendre que beaucoup parmi eux souhaitent lever le pied pour ce ministère. A l’exclusion de la grande ville, il est désormais établi que la forme ordinaire des célébrations est de type « communautaire » avec une moyenne entre 10 et 15 baptêmes à la fois. Notre évêque nous a encouragé à envisager aussi la possibilité de célébrer des baptêmes pendant la messe, mais il reconnaît aussi la difficulté d’imposer cette pratique, non seulement à la communauté « ordinaire », mais aussi et surtout à des familles qui deviennent de plus en plus étrangères à l’eucharistie et à son langage.

2) C’est justement ce dernier aspect des choses qui retient ici mon attention. Depuis plus de 40 ans maintenant, nous avons pris acte que la pratique dominicale n’est plus une exigence, et ceci désormais pour la grande majorité des baptisés. Nous nous sommes comme « habitués » — avec plus ou moins de scrupules — à une rupture nette et franche entre ceux qui « vont à la messe » et ceux qui n’y viennent plus (ou exceptionnellement), tout en continuant de demander à l’Eglise des services religieux.

De fait, ces deux « profils » de chrétiens existent, qui ne se rencontrent que rarement et souvent se caricaturent l’un l’autre. Que nous vivions alors des occasions de voir se rencontrer ces deux populations (pour une profession de foi, un temps fort de Caté, ou simplement une remise de cierge), il n’est pas exceptionnel d’entendre tel ou tel se réjouir et accueillir, tandis que tel autre se plaint : « Ils ont pris ma place ! »

On peut discuter à l’infini sur des questions de méthodes : « il faudrait faire comme ci ou comme ça ! ». Je suis convaincu que l’enjeu est ailleurs. C’est là que je nommerais un troisième « profil » de chrétiens. Il s’agit des « disciples » : ceux qui se laissent habiter par le désir même du Christ de conduire à lui le plus grand nombre, de le faire connaître et aimer, lui la source de la Joie véritable. Pourra-t-on encore longtemps s’offrir ce qui m’apparaît de plus en plus comme un luxe insupportable de faire comme si la messe était l’affaire des seuls initiés : « et tant pis pour ceux qui la quittent sur la pointe des pieds ou qui s’en approchent sans s’y sentir accueillis ! » Disciples du Christ, levez-vous !

Père Rémy Crochu
3 décembre 2013