Homo Festivus

Ce n’est pas du breton, ni de l’américain. Ça veut dire, dans le latin d’Astérix, « l’homme festif ». C’est une façon de caractériser cette mentalité qui aime tellement sortir faire la fête, le vendredi et le samedi soir, en contraste avec la banalité des jours ordinaires. La fête vécue comme transgression du réel, comme désinhibition sociale, comme oubli de la vie.

Ce qui est étonnant dans l’évangile, c’est que la Passion y occupe une place importante, disproportionnée, un tiers des pages chez saint Jean. Cela a de quoi surprendre, car ces récits ont été écrits par des disciples euphoriques, qui vivaient dans la lumière de la Résurrection, et qui se revendiquaient comme témoins de la Résurrection, et non pas comme témoins de la Passion.

Ce qui aurait été normal, ç’aurait été qu’ils gomment tout le négatif, tout cet échec pénible qu’a représenté pour eux l’épisode de la Passion. Nous avons tendance à nous souvenir plutôt des côtés réjouissants de l’existence. La mémoire se souvient de ce qu’elle aime. Les disciples auraient dû raconter plutôt l’histoire du prodigieux médecin, du discernement fulgurant du sage, des apparitions du ressuscité, et de son enseignement lumineux sur l’Eglise qu’il fondait. Mais non ! Nous avons droit à toute la souffrance de la Passion, cet intermède si malheureux.

La Résurrection n’est pas un événement d’évasion. Ce n’est pas une joie fabriquée et illusoire. Si la Passion est une défaite, la Résurrection est la victoire qui répare réellement cette défaite. Le croyant n’en reste même pas au contraste assumé entre l’humiliation et la gloire. C’est dans les ténèbres même de la Passion que vient briller irrésistiblement la lumière de la Résurrection. Au lieu d’une rupture, on perçoit en elles un rapport étroit : Pâques est le fruit de la Croix, qui est donc un trésor précieux.

Quand le pape invite à la joie missionnaire, c’est à ce type de joie-là, à celle qui valorise les lourdes réalités de l’existence. Une bonne initiation pourrait être cette soirée de louange vécue à Mouzillon, au soir de la journée du Grand pardon. Au milieu de toutes les généra­tions, la jeunesse chantant à tue-tête et dansant la louange du Seigneur. Cette fièvre du samedi soir en vaut beaucoup d’autres où la jeunesse ne chante pas des chants d’ailleurs inchantables, vu leur langue, leurs paroles et leur musique. Et surtout, à Mouzillon, nous étions joyeux au témoignage d’un homme passé de l’illusoire au réel, de l’hallucination des drogues à la vérité de son être pardonné par Dieu, de la mort affrontée à la vie réelle. Et heureux, bien sûr, de la miséricorde prodiguée dans chacune des confessions de ce jour, comme la plus pure des joies.

  1. Dominique REDOULEZ