Homélie du dimanche 2 novembre 2014

31ème semaine TO A – Le Landreau/Vallet

En ce jour de commémoration des défunts, frères et sœurs, je voudrais vous raconter une histoire. C’est l’histoire de deux enfants, Lou et Liam. Elle se passe en l’an 2114. Lou et Liam étaient nés dans un pays où tout est très bien organisé,où il n’y pas à se soucier de quoi que ce soit. Un jour qu’ils suivaient leur programme d’éducation si bien pensé, ils échappèrent à la surveillance des grandes personnes. Ils se retrouvèrent dans un lieu abandonné, à la sortie d’une ville. Il y avait là des pierres qui portaient des inscriptions. Des lettres formant des noms et des prénoms sans doute. Pourquoi les inscrire dans la pierre ? Quelle pratique étrange dans une société si développée ! Fascinés par leur découverte, ils observèrent bientôt des numéros, peut-être des dates, il y en avait 2 sur chaque pierre. 1890-1917. 1934-2018. 1975-2001… Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Mystère… Aussitôt rentrés à la maison, ils racontèrent leur découverte à leurs parents. « Ce sont des restes d’une époque ancienne, murmura évasive, l’une des grandes personnes ». Devant l’insistance des enfants, l’autre ajouta : « Nos ancêtres étaient déposés dans des tombeaux sur lesquels étaient inscrits leurs noms et leurs dates de naissance et de mort ». « Mort ? », « mort ? », que veut dire ce mot, demandèrent de concert Lou et Liam. Les parents ne purent cacher leur gêne. Ils expliquèrent qu’à l’époque la vie se terminait, et que c’était un moment difficile. Mais eux-mêmes n’étaient pas bien sûrs de la manière dont cela se passait. La mort, c’était du passé. Désormais, avec le progrès, tout se passait très bien, « ne vous inquiétez pas les enfants, on s’occupe de tout ». Troublés par cette découverte, Lou et Liam en firent des cauchemars durant des nuits. « Et si on nous avait menti, et si nous aussi nous devions être morts un jour ? Mais alors pourquoi vivre ? Et que se passe-t-il quand on est mort ? Qu’est-il arrivé à nos ancêtres ? » Autant de questions auxquelles personne ne pouvait répondre. Alors, on décida de soigner les troubles de Liam et de Lou, à grand renfort de spécialistes. Leur cas fut difficile à traiter, tant il était devenu rare. On décida néanmoins, par mesure de précaution, de démolir ces stèles, vestiges d’un passé devenu nuisible et de toute manière inutile dans une société si parfaite.

Quelle histoire ! Totalement imaginaire ? Oui. Et pourtant, elle a peut-être quelque chose à nous dire pour aujourd’hui. Voyons cela ensemble.

Tout système construit par l’homme, comporte une faille. Lou et Liam s’y sont engouffrés. Il y a mille manières d’évacuer la mort de notre vie : tout simplement le silence à propos de la mort. Le travail incessant peut aussi être un refuge, pour un temps. Le divertissement, qui nous empêche de penser, peut-être. Madeleine Delbrêl, décrivant sa vie avant sa conversion disait ceci : « Il y a des gens qui s’amusent, qui tuent le temps en attendant que le temps les tue. J’en suis. » Autre moyen à notre portée, le fait de refouler la mort dans les lointains couloirs des hôpitaux ou de la déléguer à des professionnels, les services de pompes funèbres si compétents et si rassurants : « ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout »… Finalement, vous voyez, ce n’est pas si difficile de faire comme si la mort n’était pas au programme de la vie. Le problème c’est qu’on a beau la chasser, elle finira toujours par nous rattraper, par nous angoisser. Car évacuer la mort, c’est aussi se fermer à une possible espérance et finalement, se fermer à Dieu. Or nous le savons bien, toute société qui se construit sans Dieu finit toujours par se retourner contre l’homme. L’homme a beau chercher par lui-même, seul Dieu peut être le garant d’une vie vraiment humaine. Seul Dieu peut nous ouvrir à la véritable espérance. C’est ce que nous dit la première lecture : « La vie des justes est dans la main de Dieu, aucun tourment n’a de prise sur eux. » « Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur comprendront la vérité. » Qui d’autre qu’un Dieu qui a donné sa vie pour nous, peut nous délivrer de la peur de la mort ? Qui d’autre qu’un Dieu qui est passé par la mort, peut nous faire vivre dans l’espérance de la résurrection ? Pour répondre aux questions de Lou et de Liam, il manquait une chose à leurs parents : la connaissance de Dieu notre Père, celui qui a ressuscité Jésus Christ d’entre les morts. Vous les grands-parents, vous les personnes âgées, je crois que vous pouvez transmettre cette connaissance à vos petits-enfants, à vos petits neveux. En pensant à l’heure de votre mort, vous avez sans doute préparé vos affaires, et c’est bien légitime. Mais avez-vous pensé à préparer la célébration de vos funérailles ? Quelle page d’Évangile allez-vous leur laisser en héritage ? Quel chant, qui dit votre espérance, souhaiteriez-vous les entendre chanter au jour où vous partirez pour le ciel ? Ce sera là un bel héritage. Bien plus précieux que celui de votre assurance-vie, c’est l’héritage de votre foi.

« Que se passe-t-il quand on est mort ?  Et qu’est-il arrivé à nos ancêtres ? » se demandaient Lou et Liam ? Ils pourront trouver une réponse à ces questions dans l’espérance que nous donne notre foi. Cette espérance, elle est pour nous les vivants et pour ceux qui nous ont précédés sur cette terre et qui attendent la résurrection. En effet, celui qui croit en moi est déjà entré dans la vie éternelle, disait Jésus dans l’Évangile. Et il ajoutait : « L’heure vient, où les morts vont entendre la voix du Fils de Dieu. » Mais nous le savons, il y a des événements dans notre vie où notre espérance peut être affaiblie, alors comment nourrir notre espérance ? Je crois que la prière peut nous y aider. La prière adressée à Dieu pour les défunts est un moyen de dire notre espérance, mais elle la fait grandir aussi. Elle dit notre espérance. Car si nous prions pour nos défunts c’est parce que nous espérons pour eux, et parce que nous sentons bien qu’ils ont besoin de notre prière. En effet, qui peut dire qu’il est prêt à cette rencontre définitive avec Dieu ? Qui peut dire de son oncle, de sa grand-mère, de son époux défunts qu’il était parvenu à la perfection ? Qu’il était devenu tout amour au point d’être prêt à entrer dans l’Amour pour toujours, sans une ultime préparation ? C’est le sens de ce jour que nous vivons. Oui, prions pour nos défunts car, nous disait Benoît XVI dans son encyclique sur l’espérance, « il n’est jamais trop tard pour toucher le cœur de l’autre et ce n’est jamais inutile ». Même après sa mort. Cette prière fait aussi grandir notre espérance. Elle nous transforme, au fur et à mesure que nous prions. Comme celle du psalmiste tout à l’heure : elle commençait par une angoisse : « Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! » Et elle se termine dans la confiance : « dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, car tu me donnes d’habiter Seigneur, seul, dans la confiance. » Elle est belle cette prière.

 

La société dans laquelle vivaient Lou et Liam était une société morte, sans espérance. Si nous croyons vraiment que Jésus est notre sauveur, si nous espérons retrouver nos frères défunts dans la vie éternelle avec le Christ, alors, allons-nous la garder pour nous cette espérance ? Comment la transmettre ? Il y a mille manières de transmettre l’espérance. J’en propose deux. Une à vous les parents, et une pour vous les enfants et les jeunes. Chers parents, il me semble que vous pourrez transmettre votre espérance à vos enfants en leur montrant que la mort n’est pas la fin de tout. Comment ? Par des choix et des gestes tout simples. En proposant à vos enfants d’aller embrasser une dernière fois leur grand-mère qui vient de mourir, par exemple. Ou encore en ne les laissant pas entre les mains d’une baby-sitter au jour des funérailles d’un de vos proches. Je crois que leur place est là où se célèbre l’espérance. Montrez-leur la résurrection à l’œuvre dans votre vie. Et pourquoi ne pas prier avec eux sur les tombes de vos proches ? Alors, il sera peut-être plus facile pour vous de répondre à leurs questions sur la mort. Et vous les enfants et les jeunes, je crois que vous pourrez témoigner de l’espérance, simplement par votre joie, celle d’être baptisés. En ouvrant votre cœur à Jésus Christ, la lumière de la résurrection illuminera votre visage. Comme elle a illuminé le visage des saints. Oui, tous nous sommes saints depuis le jour de notre baptême, il nous reste à le devenir vraiment. Devenons ce que nous sommes, alors nous mettrons le feu au monde ! Alors, nous ouvrirons dans notre monde des portes à l’espérance ! Demandons-le aux saints que nous avons fêté hier. Que grandisse notre foi, que s’affermisse notre espérance afin qu’un jour Lou et Liam entrent avec nous dans l’espérance.