« Faut pas pousser ! »

Nous vivons souvent dans l’illusion de pouvoir vivre « hors-sol » ! Je m’explique. En ces jours de printemps, le mystère de pâque que nous venons de célébrer trouve dans la nature une merveilleuse illustration. Les températures remontant, la végétation se réveille peu à peu de l’engourdissement de hiver et la sève invisible remonte des racines nourrir les bourgeons de l’automne.

Il en est de même de l’homme, nourri par la sève de l’Esprit et qui ne fait qu’un avec Dieu. Coupez-le de cette sève : il meurt, rien de moins !

Ceux qui ignorent ou nient cette vérité ne voient dans un embryon qu’un amas de cellules, dans un salarié qu’une « variable économique », dans un « sans papier » qu’un parasite à reconduire à la frontière, dans un mourant qu’un pauvre malheureux dont il faut abréger la souffrance, et en eux-mêmes qu’un mort en sursis. Ils sont comme un jardinier qui dirait à sa plantation : « Faut pas pousser ! »

Nous, chrétiens, ne sommes pas à l’abris de telles pensées. Nous vivons encore trop comme si Dieu n’existait pas. Nous disons qu’il existe mais en quoi cela change-t-il notre manière de vivre, nos habitudes ?

La conversion à laquelle nous invitait le Carême — mais c’est bien tous les jours que nous devons nous convertir ! — n’est pas d’abord de « faire ceci » ou « ne pas faire cela » ! Se convertir, c’est avant tout se tourner vers la Source intérieure, c’est la laisser monter en soi, dans ses pensées, ses paroles, ses gestes, toute sa vie.

Comprenant cela, une femme de 91 ans, qui avait vu partir et son mari et sa fille unique, me disait ces derniers jours : « je commence seulement à vivre ! » Une vraie cure de rajeunissement !

Contrairement à une idée reçue, les véritables « spirituels » ne sont pas des « tête en l’air » : ce sont des gens « pieds sur terre », branchés sur le sol nourricier. De même, ceux qui tiennent solidement leur place dans ce monde sont bien plus qu’ils ne le reconnaissent souvent « les yeux au ciel ». Les uns comme les autres ne se dessèchent pas — ils sont du reste facilement reconnaissables à cet indice — et ils pousseront jusqu’en vie éternelle !

Père Rémy Crochu
24 avril 2014