De la crèche au crucifiement

Le débat autour des crèches dans les établissements publics a été une fois encore relancé. Elles ont leurs détracteurs et leurs opposants. Les premiers invoquent la culture chrétienne de la France et les seconds le principe de la laïcité. Mais quel est l’enjeu du débat ?

Pour nous chrétiens, la crèche — bien avant  la garderie du même nom pour nos chers bambins — est ce lieu où, nous rapporte l’évangile de Luc, est né le Sauveur : « une mangeoire » comme berceau (Luc 2,7), et par extension la bergerie elle-même. Bethléem est le nom de la cité dite « de David » qui deviendra ainsi un synonyme de la crèche pour indiquer le lieu de naissance de Jésus. Un nom qui signifie littéralement « maison du pain » (en hébreux), « la boulangerie » en langage moderne : l’enfant Jésus ne se désignera-t-il pas lui-même, quelques années plus tard, comme « le vrai Pain qui est descendu du ciel » (Jean 6,41) ? Ce pain que l’on fait avec le blé dont la paille nourrit les animaux de la crèche (l’âne comme le bœuf) et qui, en orient d’hier comme en occident d’aujourd’hui, constitue (plus ou moins !) la base de notre alimentation. Du moins symboliquement : ne dit-on pas « gagner son pain » ?

Ainsi nos crèches rappellent chaque année aux « hommes de bonne volonté » (Luc 2,14) que le pain venu de la terre n’est pas de même nature que Celui qui est « venu du ciel » : le Christ-Jésus. Rien de bien dangereux donc.

Ce qu’on oublie souvent cependant, c’est le sort réservé à Bethléem qui dût manger un pain bien amer… L’Evangéliste Matthieu rapporte en effet le récit de la visite des mages (Mt 2) et sa conséquence immédiate : l’ordre d’Hérode le Grand que soient tués « les enfants de deux ans et en dessous » (martyre des Saints Innocents dont la fête est célébrée le 28 décembre).

Hérode « le sanguinaire » n’est plus, et c’est heureux ! Mais la polémique lancée autour des crèches se nourrit de conceptions divergentes de la « laïcité à la française », tant à gauche qu’à droite. Elles ont pour fond le débat autour de l’inspiration chrétienne ou non des « valeurs » de la République. Sans cette source en effet, qui donc inspirera son action sur des questions comme la défense de la vie, le souci des plus pauvres, l’indulgence envers les condamnés (on appelle ça « la miséricorde » !), l’accueil bienveillant de l’autre sans distinction de couleur ou de race, etc. ? Les religions n’ont-elles plus de rôle à jouer ? Méritent-elles une nouvelle persécution, de nouveaux « massacres » ?

Il est vrai que l’enfant de la crèche devait finir crucifié, lui qui avait prédit le même sort à ses disciples : « on vous livrera aux tribunaux… On vous frappera à cause de moi » (Marc 13,9)… La mort est dans le berceau.

Rémy CROCHU