DE LA CÉLÉBRATION LITURGIQUE A LA LITURGIE DE LA VIE

Tout commence à l’entrée de l’Eglise !

(célébration liturgique). Lorsque les Marguillers

ouvrent le grand portail de l’Eglise, j’ai toujours envie

d’être là, pour admirer de loin ces chrétiens qui

arrivent, sortant des rues qui ouvrent sur la place de

l’Eglise. Tous joyeux, je les verrai monter quelques

marches avant de franchir la porte d’entrée. Voir

comment leurs frères les accueillent, en leur donnant

la feuille de chants, avec bien sûr un petit sourire

dominical. Que c’est beau à voir!

Vient ensuite le moment de s’installer, en

faisant une petite prière personnelle, avant que

l’animateur n’annonce le début de la messe. Alors,

n’ayant pas vu tout cela, c’est pendant la procession

que je réalise la beauté de la communauté, beauté

d’être ensemble, de se reconnaître aimés par celui qui

nous invite, en se reconnaissant tous frères les uns les

autres. Je me sens ainsi heureux dans cette espace

liturgique chrétien, organisé de telle sorte que les

affirmations de la foi s’y éprouvent et s’y expriment

activement dans leurs variétés.

Bien évidement, c’est au cœur d’une

alternance formidable entre paroles et gestes, que

nous sommes tous appelés, non seulement à

« habiter » la liturgie, à en faire notre demeure, mais

aussi à la « célébrer ». Car,

– nous venons depuis chez nous parce que le

chrétien n’a pas ici-bas de cité permanente (He 13,14),

et qu’il est un pèlerin (Lc 24,13s) ;

– nous y marchons, nous y processionnons

parce que le chrétien suis le Christ (Lc 9,23), il met ses

pas dans les siens pour aller vers le Père ;

– nous nous y asseyons pour écouter la Parole

parce que le chrétien vit d’une parole qu’il reçoit de la

prédication (Rm 10,17) ;

– nous y chantons parce que le chrétien joint sa

voix à celle des anges pour louer le Seigneur (Ep 5,19) ;

– nous nous y regardons, nous y dialoguons en

échangeant la paix (1 P 5,14).

– nous y partageons le repas parce que le

chrétien fait mémoire du Seigneur Jésus (1 Co 11,23s)

Toutes ces actions, ces rites entrecoupés par

des moments de silence et accompagnés par des

chants, tirent leur source dans le fait que le seigneur

rejoint le cœur de chaque membre de la

communauté. D’où, l’art de célébrer consiste d’abord

à se laisser prendre par le mystère que la liturgie rend

présent au milieu des fidèles assemblés, à entrer dans

le mouvement pour se laisser transformer ou

sanctifier comme Corps du Christ, animé par l’Esprit,

pour alors pouvoir participer au culte public envers le

Père. Que c’est très beau de vivre tout cela !

Alors, à la fin de la messe, j’ai envie de nous

revoir sortir, non plus pour croiser celui qui nous

attend et nous remet la feuille de chants avec un

sourire, mais celui qui nous attend sur la place et qui

attend de nous un sourire. Ce sont tous ces

marchands, ces acheteurs, connus et inconnus, que le

Seigneur met sur notre route avant de repartir dans

les rues qui longent la place pour rejoindre nos

familles. Car, croyez-moi, la célébration liturgique

implique liturgie de la vie, c’est-à-dire l’engagement

dans le monde. Et tout commence lorsque nous

franchissons le portail de l’Eglise, après le renvoi du

célébrant : « Ite missa est » [Allez, la messe est (dite)

ou Allez, c’est la mission]. Comme disait Louis-M.

CHAUVET (théologien), « la réception du corps

eucharistique du Seigneur demande à s’accomplir

dans l’agapè du corps ecclésial» (Jn 13, 14-15) ; et tout

commence à la sortie de l’Eglise ! (vie liturgique)

Père Antoine DUNIA