LE CARÊME, TEMPS DE DISPONIBILITÉ ET CHEMIN DES HUMBLES

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile (Mc 1, 15) ; Souviens-toi que tu es poussière, et que tu retourneras en poussière (Gn 3, 19) ». Nous entendrons l’un de ces versets le mercredi des cendres qui ouvre pour l’Église un chemin nouveau, quand le prêtre dépose de la cendre sur notre front. Ce signe nous inviterait de vivre le temps de Carême comme un temps « favorable » au renouveau, à la conversion. Et cela en nous purifiant « des vieux ferments » – c’est-à-dire des agissements de l’homme ancien incurvé sur lui-même – pour devenir une pâte nouvelle » (1 Co 5, 7).

 

Le Carême nous propose trois attitudes essentielles de tout notre être : le jeûne, l’aumône et la prière.

Comme Jésus au désert, le chrétien est alors disponible pour être façonné par la parole de Dieu. Le jeûne touche le corps afin que le cœur retrouve sa liberté et sa capacité de relation à Dieu, aux autres et à soi-même. Il met en disponibilité pour Dieu et à tendre les mains aux frères. Il nous rend solidaire. Le jeûne est associé de très près à un changement de vie. Il est une attitude d’attente, pour rester en éveille à l’égard de la sœur, du frère, du pauvre, de quiconque…

Dans l’attente active de la venue plénière, totale du Christ. Alors le jeûne peut prendre de multiples formes : quelles modifications peuvent m’apporter le plus de liberté ? Pour les uns, ce sera une brèche dans l’emploi du temps pour écouter avec plus d’attention, pour d’autres, l’ouverture d’un livre afin de retrouver le temps du dialogue, d’une nourriture intérieure. Pour d’autres encore, ce sera un léger frein sur l’ordinateur, la télévision ou autres activités consommatrices inutiles d’énergies pour redonner du temps à l’essentiel, au silence, à la rencontre, le temps de prière, de l’écoute de la Parole de Dieu. On comprendra que le jeûne de nourriture est aussi un chemin.

L’aumône ouvre le cœur et les mains vers les autres. Qu’avons-nous à partager ? Notre temps, nos connaissances, nos sentiments de paix, de joie, de justices, d’amour, d’humilié, de simplicité, de convivialité, d’aide et d’entraide… L’aumône est le signe d’un cœur ouvert et libre.

La prière qui dirige le cœur et joint les mains vers Dieu. À travers elle, le carême devient un temps d’intimité profonde avec le Père. La prière est nourriture, source de relation vive avec le Seigneur.

 

Oui, le carême est « ce moment favorable », dont parle l’Écriture, pour nous laisser réapprivoiser intérieurement, pour permettre à l’évangile de camper au cœur de notre vie. Redonnons donc toute sa place à la Parole, lue, accueillie, méditée, partagée. Nous vérifierons si nous sommes proches de l’essentiel, si nous sommes disponibles pour un véritable compagnonnage avec Jésus.

C’est ainsi que le Carême est une magnifique montée vers Pâques.

Comment allons-nous vivre concrètement, au niveau paroissial, Carême 2018 ? des initiatives sont nombreuses. Nous les encourageons et soutenons. Mais trois propositions nous tiennent à cœur : Les rencontre « Notre Père » : Un rendez-vous pour grandir dans la foi. Des rencontres s’organisent, ici et là, ‘‘à la maison’’, pour un échange autour de la Parole de Dieu et du Notre Père ; Les « journées pour reprendre souffle » : un des moments clés de prendre soin de notre intérieur, l’enrichir du silence, le laisser s’abimer en prière et lui donner un écart pour se reposer. Les « vendredis de Carême » : un espace d’enrichissement mutuel, de l’utile à l’agréable, de la prière qui s’incarne…

« Dieu éternel, notre Père, daigne tourner vers toi notre cœur, afin que nous soyons tout entiers à ton service, dans la recherche de l’unique nécessaire, et une vie remplie de charité ». La question que cette prière entraine est la suivante : le temps de Carême n’est-il pas là pour nous recentrer sur « l’unique nécessaire », c’est-à-dire Dieu ? Je suis tenté d’emprunter les mots pour répondre à cette question à un mystique anglais du XIVe siècle qui conseillait au correspondant auquel il écrivait sur le « discernement des élans intérieurs », de « pointer » sur Dieu « la mire de son amour ». Car, lui dit-il : « C’est lui que tu désires, c’est lui que tu cherches, lui qu’il te plait d’aimer et de savourer, c’est lui dont il te plait de vivre et non de silence ou de paroles, de jeûnes exceptionnels ou de repas ordinaires, de solitude et de compagnie ». Nous pourrions ajouter à cette liste bon nombre de choix qui se présentent dans nos vies. Et notre mystique de poursuive : « Si tantôt l’un est bon et l’autre mieux, jamais aucun des deux n’est le meilleur » (cf. Lc 10, 42).

À tous et à chacun « Bon chemin de Carême ! »

Serge BABINGUI, prêtre