Commun-ôté ? Communauté ?

Communauté, commune, communautarisme, communication, communion … De quoi parle-t-on, en cette saison où notre communauté paroissiale se reconstitue notamment avec les pèlerinages de rentrée ? Du côté de la paroisse Saint Barthélemy, à la chapelle du même nom, notre évêque a fait observer que, pour constituer la communauté des apôtres, Jésus ne les a pas invités tout d’abord à une retraite, ni à une session de formation, ni à une réunion pastorale, mais aux noces de Cana, à une fête donc.

De l’autre côté, à la paroisse Saint Vincent, on se rappelle la présence réjouie de notre évêque à la fête des talents, dernière étape de sa récente visite pastorale. Aujourd’hui, un peu à toutes les sauces, on utilise le mot de « communauté ». Dans le langage, on sait que plus un mot prend d’extension pour désigner davantage de réalité, moins il est précis, plus il est donc ambigu. Par exemple un mot important comme « amour », quand il est trop utilisé, mal utilisé, finit par désigner non seulement l’étincelle divine en celui qui se donne, qui offre sa vie pour les autres, mais aussi le contraire finalement, quand on se place sur le registre beaucoup plus égoïste du sentiment et du plaisir.

De même pour le mot « communauté » : il a plusieurs sens, plus ou moins forts. Pendant ce congé d’été en montagne, j’ai vu se constituer au gré des week-ends dans les stations, les villages provisoires de plusieurs « communautés ». Pour une compétition internationale de moto-cross, j’ai vu rassemblés les gros camions – à la fois mobil-homme et atelier de réparation – de chaque équipe constituée autour de son champion. Ce petit village, ses stands, et son public, c’est une « communauté ». Le week-end suivant dans la station d’à côté, c’était une nouvelle « communauté », moins riche, hébergée sous ses petites tentes, celle du cani-cross. Vous savez bien… cette compétition sportive de course en montagne où chacun court derrière son chien ! On pourrait citer tellement d’autres « communautés » : les retrouvailles familiales occasionnées pendant les vacances, ou bien les communautés virtuelles sur internet d’ « amis », de passionnés, ou de consommateurs, par exemple. Le mot prend une connotation négative quand on évoque les tendances communautaristes de notre société.

A ceux qui s’inquiètent d’actions violentes, je voudrais d’ailleurs faire remarquer que les causes d’attentats sont peut-être autant dans la doctrine « religieuse » dévoyée, que dans la technologie des
écrans qui isolent les personnalités sensibles et les enferment dans un sentiment de toute-puissance. Y aurait-il un problème ? Revenons à l’Evangile et à la vraie communauté. Comment fonder une belle, une bonne, une vraie vie communautaire ? Ce n’est pas très original, mais en cette année de la vie consacrée, je voudrais rappeler que, depuis fort longtemps, l’Eglise fonde des communautés religieuses de toutes espèces comme autant de laboratoires de recherche pour rayonner leurs charismes et trouvailles sur la société entière. Une communauté au sens fort se fonde sur le bien commun, qui est la version laïque de la communion des saints.

Le bien commun, c’est une réalité qui ne profite immédiatement à personne, mais à laquelle chacun accepte de contribuer parce qu’il a confiance que ce bien-là, une fois donné, rejaillira pour chacun en un bien qu’aucun ne peut se procurer individuellement. La communion des saints, c’est la
joie de percevoir dans la foi, mystérieusement déjà sur cette terre, que seul ce qui est donné devient éternellement source de vie, que seul ce qui a été mis en commun ne profite finalement au ciel.

A notre communauté paroissiale, que soit communiqué l’Esprit commun du Père et du Fils.

P. Dominique Redoulez